Paris 2013, les fontaines du Trocadéro, une finale grandiose !

Nous lisions «Paris 2013» dans les annonces, nous savions petit à petit que l’évènement prenait de l’ampleur, jamais une finale de coupe du Monde n’avait été aussi proche au point de la toucher du doigt, chez nous français, au coeur de notre patrimoine historique mondialement connu... Pourtant, nous n’avions pas la mesure de ce qui se voit et se vit une fois la finale lancée. C’était une rencontre grandiose et spectaculaire. 

Lire aussi l'article précédent la semaine de la finale !

pano

Le terrain des finales était superbe, enclavé au milieu des fontaines du Trocadéro comme s’il faisait déjà partie du décor. Les images diffusées sur les écrans géants étaient d’une qualité époustouflante, des plans larges et aériens, des retours instantanés en slowmotion sur les sorties d’arcs et expressions du visage...  Les commentaires franco-anglais expliquaient de façon simple le fonctionnement de notre sport à la foule de touristes présente dans les jardins du Trocadéro sur les deux jours de compétition. A mes yeux, Paris 2013 aura réussi à montrer que le tir à l’arc est un sport technique, noble et beau. La finale de la coupe du Monde est depuis toujours une façon de mettre en valeur les meilleurs archers de la planète dans un évènement dédié. Cette fois, il en aura assuré une promotion certaine pour son développement futur et son image grâce au travail acharné de la fédération française de tir à l’arc, de la World archery, des partenaires territoriaux et des volontaires qui ont oeuvré toute la semaine pour nous offrir un cadre de spectacle magnifique. Avant de rentrer dans le détail, je souhaite remercier ces acteurs qui ont rendu possible cette finale historique. Par ce travail, ils, vous, donnez un sens à notre investissement individuel, collectif et familial : MERCI.

Immersion dans ma semaine de finaliste.


Samedi et dimanche 14-15 septembre, 400 personnes en visite sur mon lieu de travail à Toulon, au sémaphore Cépet, dans le cadre des journées du patrimoine. Présentation de mon métier, de la Marine Nationale et du site particulier de Cépet au menu pour les curieux et amis de la mer !

Lundi 16, escale de 24 heures auprès de mes racines valentinoises avant de reboucler bagages pour Paris. 

Mardi 17, début du stage de préparation au championnat du Monde, puis à la finale de coupe du Monde, entrecoupé d’évènements médiatiques. Le stage nous permettait de finaliser nos préparatifs d’équipe et de répéter les séquences individuelles pour les finalistes de la coupe du Monde. Les mondiaux arrivent rapidement puisque le départ pour Antalya est programmé samedi prochain, le 28. La semaine suivante allait être consacrée au repos.

Mercredi 18, je suis invité au siège de «L’équipe», le fameux journal sportif, avec Cyrielle Cotry membre de l’équipe de France arc classique. Nous avons parlé de cette finale parisienne et de nos armes respectives pendant une dizaine de minutes sur la chaîne TV «L’équipe 21» qui suivait la compétition tout le weekend !

Jeudi 19 au matin, inauguration du centre de tir à l’arc «Sébastien Flute» à l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance), en présence de Madame le ministre des sports Valérie Fourneyron. C’est un centre superbe qui accueillera bientôt aussi les arcs à poulies lors de stages du collectif France ou lors de suivis individuels. L’après-midi, les finalistes entraient dans le cadre de la coupe du Monde.

Vendredi 20, 20 0entraînement matinal avec les archers internationaux sur un terrain annexe avant de rejoindre le site du Trocadéro pour la séance de familiarisation. L’après-midi, chaque archer avait une demie heure pour prendre ses repères sur le terrain des finales. Le but était alors de se situer dans cet espace exceptionnel et impressionnant. Ces flèches laisseront leurs marques dans mon esprit, c’était magnifique, et je réserve le reste de mes pensées pour le lendemain... Pendant cette journée, j’ai eu l’occasion de parler dans le micro de la radio «France Inter» au sujet de mon arme et devant la caméra de la World Archery (en anglais SVP !) pour répondre à la question «suis-je un archer professionnel ?». C’était déjà le début du rush médiatique d’être français lors d’une compétition en France ! Génial !

Samedi 21, le grand jour, je tire à 12h18 contre Sergio Pagni, l’italien que j’ai battu en finale polonaise en août. La pression est grande, elle l’a été toute la semaine alors pourquoi s’en irait elle au moment de tirer un grand match ?

Parenthèse matos pour les accrocs du «keskitirepierrot ???»...!

51Ce matin-là, je suis arrivé juste le temps de faire un choix matériel important, puisque la pression se gérera au moment opportun, sur la ligne de tir. En Pologne, je remporte la coupe du Monde avec mon Vantage Elite Plus, cela ne veut pas dire que je dois tirer cet arc toute ma vie sous prétexte que j’ai gagné avec. Il m’a aidé à franchir une étape, mais après toutes ces compétitions, sélection et stage, je devais opérer sur l’arc pour garder la même précision. Voyages, température, des milliers de flèches tirées... Je n’ai pas eu l’occasion de m’en occuper de façon sérieuse en recalibrant les mesures, ou par la réfection des tranche-fils. La priorité était au repos et aux entraînements de qualité pour ne pas arriver sur les rotules à Paris et ainsi entamer la confiance future pour les championnats du Monde. Le matériel se règle, la confiance se gagne, mon choix était fait sur ce qui est le plus dur à conserver. 

Je prévois toujours un plan de secours, et je l’ai utilisé. Le choix était difficile à faire entre un arc que j’ai reçu il y a dix jours et l’autre qui aura été mon partenaire estival. Je voulais tester le Pro Comp Elite 37’’, soit le petit frère du XL. Cette idée me titillait depuis quelques temps déjà. J’aime le XL en salle, cet arc est une merveille, mais je n’arrivais pas à trouver un tir précis en toute circonstance en extérieur, d’où mon choix de revenir sur le Vantage en pleine saison. Lorsque j’ai monté cet arc pour le comparer au Vantage Elite Plus et au Pro Comp Elite XL, tout allait bien, facilement, et sans poser de question. Le petit frère devenait arc n°2 pour Paris, version test en vue des mondiaux. Puis, le plaisir de tirer à nouveau un arc à 37 pouces d’entre-axes au lieu de 40 est revenu, pour finalement semer la graine «je m’éclate avec»... Je suis solide avec, stable, précis et fluide. Je n’ai plus le temps de réfléchir, alors je me lance avec, et je décidais cela une heure avant de tirer mon quart de finale. Audacieux ? Risqué ? Non, je ne pense pas, et je fais toujours confiance à mes intuitions. Après tout, un match à ce niveau est un pari, et c’est exactement ce qu’il va se passer ensuite... Fin de la parenthèse «keskitirepierrot ???» !

48On annonce «dernière volée d’échauffement» et je suis déjà prêt, je descends donc vers le chemin qui mène à la scène. J’attendais ce moment avec impatience, et je l’ai croqué à pleines dents sans en perdre une miette. C’était un match parfait, où une flèche tirée au 6 peut prendre plus de valeur que quatorze 10... «Rien n’est jamais gagné, ou perdu d’avance», je l’avais écrit, je devais le représenter. Ce match est un don, une expérience formidable, il est de loin le meilleur et le plus fort que je n’ai jamais réussi à produire. Ma famille était présente derrière moi, mes supporters me suivaient depuis les tribunes ou derrière leurs écrans, et j’ai commis une erreur. Les jambes tremblotantes, les mains moites, le regard déterminé et les émotions sous contrôle, j’attaque avec deux 10. La troisième flèche est longue, très longue... Le pari est lancé : alors que je n’ai pas réellement de contrôle sur l’instant «T» de la décoche au back tension, je décide de tenir cette flèche, elle devra partir en force, mais normalement «ça passe»... C’est le bras d’arc qui aura cédé en premier, remontant subitement ma visée tremblotante mais toutefois stable alors que le décocheur larguait. Ce n’est pas une faute technique, ce n’est pas un problème de matériel, cela vient de moi et de moi seul. Je découvre une nouvelle limite. Le curseur «confiance» était en conflit avec le curseur «audace», les deux se faisaient la guerre, une bataille de stratégie qui ne dure que vingt petites secondes... En d’autres termes : comment savoir quel effet produit un coup de pelle dans la tronche ? Réponse : se prendre la pelle dans la tronche !!! Je sais que ce n’est pas bon, j’entends «six» au micro, je suis déçu, désarçonné, presque abattu et je ne veux pas y croire. Je ne peux pas m’infliger une telle sentence, je ne peux pas donner la victoire à Sergio aussi facilement, je ne peux pas baisser les bras et je suis venu pour montrer qui je suis, victoire ou défaite, qu’importe, je veux être fier et je veux me souvenir de ces moments comme quelque chose de beau. J’écris ce que je fais, et je fais ce que j’écris... Deux minutes à peine après cette flèche mauvaise élève, la deuxième volée attaque et les suivantes, confiance, lucidité, détermination, audace, le tout au taquet pour ne faire plus que des 10 jusqu’au bout. Voilà ce que je me réponds en tant que premier adversaire, et voilà ce que je dis : ne jamais renoncer. A ce niveau de match et de pression, je bats mon record de 10 sur une mise en scène de type finale, et quelle finale !!!! Sergio aura suivi, et m’aura offert son respect et son fairplay par une égalité sur les quatre dernières volées du match 149 à 146.

A ce niveau, c’est une nouvelle fois la preuve de l’existence d’un duel psychologique, mais pas seulement entre les adversaires, il existe aussi envers soi-même. Je perds en quart de finale, mais je gagne de l’or pour ma propre expérience, ce duel n’a pas de prix, et les images que j’ai en tête m’emmènent loin, très loin, une énergie démentielle couve, et ce rêve peut devenir une réalité. Je suis tellement heureux d’avoir produit un match de qualité où j’ai pu sortir la tête de l’eau rapidement, je voulais offrir ce cadeau, au moins celui-là, à ma famille présente, et à mes supporters. Le match se termine et j’ai un petit quart d’heure avant de rentrer à nouveau dans l’arène pour tirer le match par équipe double mixte. J’ai eu le plaisir de répondre aux questions d’un officier de l’Etat Major de la Marine à Paris, missionné spécialement pour le marin finaliste de la coupe du Monde !  Et hop, retour au pas de tir, avec ma coéquipière Pascale Lebecque contre les italiens champions du Monde (Turin 2011) et leaders de la coupe du Monde en double mixte : Sergio Pagni et Marcella Tonioli.

89Ce match est une exhibition pour montrer un nouveau format : la meilleure équipe double mixte de l’année rencontre l’équipe du pays hôte dans un match unique. Nous avions à coeur de profiter de cet évènement après notre défaite en quart, et nous savions que ces flèches étaient les dernières dans ce magnifique écrin si spectaculaire. Pascale tire 79 et je tire 78 sur le match. Je tirais en premier et je ne voulais pas manger trop de temps pour qu'elle puisse se réaliser autant que moi dans ce moment. La confiance au plus haut, je n'avais plus de hâte à décocher, je faisais alors mon job sachant qu'elle allait suivre même à avec la pression du temps. Nous gagnons l’or 157 à 155 points sur 160 possible et c’était un bonheur immense d’offrir une Marseillaise à notre parcours et à tous ceux qui nous entouraient. C’est une belle récompense, qui nous apporte de la confiance, de la fierté, de la joie et autant de sourires éclairés que nous avons croisé. Je n’oublierai jamais ces moments, en match, sur le podium, le bonheur de ma famille, les rencontres et la sympathie omniprésente de toutes les personnes que j’ai vu ce weekend. Tout ce travail des acteurs pour accueillir cette compétition de prestige, toute cette pression et ces angoisses, tout cet isolement silencieux long de plusieurs jours avant d’arriver sur la ligne de tir, oui ça valait le coup, oui les images sont fortes, et oui, l’ambition peut encore grandir, car s’il reste encore des choses à découvrir, le rêve peut  et doit devenir une réalité. J’y crois dur comme fer. A bientôt, départ pour le championnat du Monde à Antalya samedi prochain ! Merci pour tous vos messages d’encouragement !

Regardez la vidéo compète des finales en relay sur Archery TV

Les photos du weekend sur Paris 2013 . FFTA

© stain photo. All Rights Reserved.