Wroclaw : mon premier Or mondial !

Au retour de Colombie, j’ai vécu en ermite des collines, récupérant d’un long voyage colombien auprès de mon premier cercle lorsque j’étais en état, en pratiquant l’entraînement à l’intérieur de ma bulle, faisant comme bon me semblait, n’écoutant que ces petites voix qui me poussent chaque jour. Forcer ? Pourquoi faire à ce stade de la saison alors qu’il fait si chaud dans le Sud de la France, alors que la saison est amorcée depuis plusieurs mois, alors que les objectifs majeurs ne sont pas encore passés ? Pas plus d’une heure et demie par jour, et en mode pantoufle, le reste du temps je voulais voir autre chose et lâcher un peu de pression inutile. Bien sûr, je suis allé travailler puisque j’avais pris mes ‘’vacances’’ pour m’entraîner à fond du taquet avant la Colombie, ces quelques moments de pause où je voyais autre chose que ma cible m’ont apporté la dose de bien-être dont j’avais besoin. Les images fortes qui forgent le mental ne sont pas obligatoirement des images de tir à l’arc, en ce qui me concerne. Deux jours avant de partir en Pologne, au coucher, j'étais bloqué du dos et cervicales et il m’était impossible de me retourner dans le lit. Merde... (Oui, grossier mais pertinent non ?) Bon, calme, analyse, solutions probables. Mon ostéopathe et ami Philippe ne dormait pas quand je lui ai envoyé le texto à 23h30, et une fois les directives médicales passées, il me donnait rendez-vous le lendemain. La nuit fût longue, le transport délicat, la manipulation acrobatique mais je pouvais à nouveau bouger. La douleur restait intense mais allait peu à peu se dissiper. Depuis le temps qu’il gère mes crises, il est toujours plus stressé que moi, mais j’ai une grande confiance en lui. L’ostéopathe de l’équipe de France, Ladislas, m’aura ensuite prodigué les petits soins pour terminer l’épisode qui aura stoppé mon tir pour quelques jours. S’ils n’étaient pas là... Les choses seraient bien compliquées, et ils sont d’une importance capitale, qu’il s’agisse du plan humain ou médical.

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A Wroclaw, dans l’Est de la Pologne, nous avons eu le plaisir de tirer une semaine dans des conditions excellentes pour l’arc à poulies. Les classiques n’ont pas eu de chance sur leurs qualifications avec la pluie qui s’était invitée une journée. Le terrain était immense et beau, plutôt bien agencé, seule la nourriture était un point noir. J’avais beaucoup de plaisir à tirer sur cette belle pelouse sans un brin d’air, et ce plaisir a continué à grandir tout au long de la compétition. Thumbnail imageLes qualifications commencent le mercredi matin, je m’attendais à réaliser une perf avec les conditions que nous avions, tout comme je me doutais qu’il y allait avoir de la bataille de points proche du parfait dans le haut du tableau. Ciel couvert, température fraîche, pas d’air, c’est parti pour une séance de 10. 59 / 59 / 60 / 60 / 59 / 60 / 357 sur 360 et je suis en tête de la première série. Les autres ne sont pas loin avec 356 et 355 en pagaille. Sergio Pagni 2ème avec 356 ne tirait pas loin de ma cible, et la rivalité commençait dès le début de la seconde série... Thumbnail image59 / 59 / 59 / 60 / 60 / 59 / 356 et 713 ! Sergio me dépasse d'un point en cours de seconde série et pousse le record d’Europe à 714 points. Peter Elzinga est troisième avec 709, il n’était jamais très loin de nous et termine par une volée à 57... La rivalité était bien présente, et j'adore jouer ce jeu, je suis heureux d'avoir pu jouer jusqu'au bout ! J’ai pris mon pied, à empiler les flèches dans la gamelle, en me tirant une bourre avec Sergio qui me branchait de temps en temps. Avec 713 points, j'égale le record de France que j'avais réalisé l'année dernière à Lyon.

Par équipe, nous battons le record de France sur les qualifications et nous étions classés deuxièmes avec 713 / 703 Dom / 699 Tof pour 2115 points. Ce n’est que plus tard, une fois à l’hôtel, que Ruben Bleyendaal de l’équipe hollandaise me demandait si je réalisais d’avoir battu le record d’Europe des qualifications par équipe... ‘‘What’’ ? L’équipe hollandaise détenait ce record avec 2107 points, et cette même équipe m’entourait à ce moment-là, j’étais seul et ils sont bien plus forts que moi hahaha !!! C’était la petite anecdote pour ce nouveau record d’Europe qui vient s’ajouter au palmarès de l’équipe après le titre FITA européen l’année dernière à Amsterdam, le bronze à Antalya, l’or à Medellin.
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Le lendemain, place aux matchs, en commençant la journée très tôt pour tirer le mixte Sophie Dodemont et moi. Nous avons perdu en huitième contre la Belgique médaillée de bronze à Medellin, sur un bon match. C'est peut-être la logique individuelle inévitable de cette dernière ligne droite avant le Trocadéro qui nous oriente plus sur une préparation de soi plutôt que d'équipe. Cependant, ce n'est que partie remise pour commencer à monter les marches du podium avec ce niveau qui augmente chez les filles et chez les gars.

Thumbnail imageDémarrait alors une longue attente de plus de trois heures sur le terrain jusqu’à 14h30 pour tirer le seizième de finale contre le Belge Depoitier. J’avais dormi quelques dizaines de minutes dans une position système ‘’D’’ et même si ce moment était vraiment très agréable, il laissait quelques traces sur mon échauffement en seizième ! Pas de problème pour la suite, et l’adrénaline du premier match me réveillait pour terminer avec mon meilleur score de la saison, 149. Je commençais donc à marquer des points pour la finale WC, et je rencontre Njaal Aamas de Norvège en huitième. A ce niveau, tous les archers peuvent sortir un gros match à plus de 148, et Njaal sait le faire aussi en étant 11e des qualifs (donc dans le peloton des +700), il avait tout de même tiré 597 lors du tournoi de Nîmes ! Dans de telles conditions, tout est possible, alors méfiance. Je tire encore un bon match avec 148 et passe en quart de finale. En quart, mon adversaire est le vainqueur de mon coéquipier Christophe en 24e, L’allemand Marcus Laube. Il tirait 147 en terminant par 27 contre Christophe... Marcos était dedans, le match aura été très serré tout le long, mais je gardais toujours mon point d’avance pour gagner 148 à 147 en finissant tous deux avec six flèches dans la gamelle. 

Thumbnail imageEn demie finale, je suis contre le Russe Alexander Dambaev qui vient de battre un coréen au barrage X / 9 dans un match à 149... Pas de quartier donc, d’autant plus que mon coéquipier Dominique Genet tire de l’autre côté contre Sergio Pagni. La dernière fois que nous avions été en demie finale chacun de notre côté, nous avions perdu (Shanghai 2012). Le Russe perd avec 145, et Sergio, Dom et moi tirons le match parfait à 150 points. Je suis en finale et je dois attendre le résultat du barrage pour savoir si la finale sera française ou non. Dom tire X pleine balle, Sergio tire X pleine balle aussi, et gagne à 2 millimètres !!! C’était un moment énormissime, trois archers à 150, un barrage à 150,  seulement cinq points de perdus depuis le début des matchs pour moi, et quatre pour Sergio mon futur adversaire. A ce stade de la compétition, il n’aura planté que dix flèches dans le 9 sur les 132 tirées depuis le début de la compétition, contre douze pour moi...

Les conditions des qualifications et des matchs étaient semblables au tir en salle, entrecoupées de quelques brises par moment. Sur les matchs, si cinq à dix points départagent les archers en 72 flèches, l'écart est logiquement réduit lorsqu'il s'agit d'une quinzaine de flèches... Le combat est mental, technique certes, mais hautement psychologique !

Le lendemain matin, c'était au tour de l'équipe de rentrer en scène. Nous commencions en huitième de finale contre les indonésiens qui étaient beaucoup plus bruyant qu'efficaces... Ce n'était pas un très bon moment, et j'ai trouvé leur attitude anti-sportive. Ils criaient tout ce qu'ils pouvaient en annonçant des "Xten" à chaque coup, les archers eux-mêmes également, pourtant en cible, les 10 n'étaient pas là... Du coup, il fallait être concentré au taquet car les cris étaient parfois si forts que j'en avais des frissons lors de ma visée. Je suis très attaché au respect de l'adversaire, et cela en fait partie. Nous gagnons le match avec le meilleur score du terrain, 234 sur 240. Au tour suivant, nous affrontions l'Afrique du Sud et son équipe d'archers très sympathique. Et nous perdons sur un vrai bon match, 230 à 231. Nous terminons par une volée cruelle de 56 points, avec quatre 9 à moins d'un centimètre de la gamelle à gauche. Il y avait plus de vent ce jour, et sur cette volée nous sommes tous partis gauche malgré nos efforts et notre communication interne. C'est le jeu ! Thumbnail imageÀ ce stade de la compétition, le gros de la semaine est passée, le terrain est démonté  lorsque les équipes le quittent et le staff de la World Archery s'affaire pour préparer le terrain des finales. À chaque fois, c'est un nouvel enjeu pour produire le plus beau terrain possible, afin de promouvoir le tir à l'arc par de belles images sur des sites magnifiques. Je suis dans le circuit depuis 2008 et je mesure l'évolution, ils abattent un travail énorme, les photos, les vidéos, les sites et les services sont de plus en plus conséquents et d'une grande qualité. Tirer sur ces terrains est toujours un grand moment, et le rôle d'archer, en plus de celui de tout faire pour gagner, et de respecter ce travail par le fait d'être acteur de ce spectacle au maximum possible !

Samedi, jour des poulies ! Les finalistes se préparent et je suis avec Dominique sur le terrain d'échauffement. Il quittera ce terrain un moment avant moi pour tirer la petite finale et je resterai avec Sergio pour tirer les dernières flèches avant de rentrer dans l'arène. Avant cela, il fallait gérer l'attente à l'hôtel puisque la navette partait à midi. Ensuite, repas sur le terrain et à nouveau attente et échauffement jusqu'au match programmé à 16h37. Je me suis donc trouvé un coin pour faire une petite sieste au soleil et au calme avant de commencer à tirer quelques flèches. Les matchs individuels dames commencent et j'ai donc pris soin de tirer des flèches de qualité en mettant l'accent sur le dynamisme plutôt que sur la visée. Tenir une visée stable alors en match de finale dans une arène et son contexte relève de l'illusion tellement il est rare de se sentir aussi bien. Par contre, si le geste est dynamique et que la posture reste forte, les flèches seront commandées par les automatismes. Enfin... En gros ! Ces quatre dernières fois, Sergio avait remporté les matchs où nous étions l'un contre l'autre. C'est un adversaire redoutable au mental d'acier, je serai bien mal avisé de ne pas le savoir, tout comme ne pas tenir compte de mon propre chemin également ! Cette fois, balle au centre, je ne suis pas impressionné, je ne veux ni gagner ni perdre, je souhaite juste produire un tir de qualité, et avoir suffisamment de lucidité pour saisir l’opportunité. 

Thumbnail imageLe match commence par l'entrée un par un des athlètes pour leur présentation. Un p'tit coucou, un "shoot well" à Sergio, et c'est parti ! La première volée marque 29 chacun, la pression est assez forte. Les conditions ne sont pas identiques au terrain de la semaine, et les rafales peuvent embarquer dangereusement le bras d'arc hors du jaune. Je redoutais cela : choper une rafale sans quelle ne se calme avant la fin du temps, soit 20 secondes ! La majeure partie du temps, le vent était léger et omniprésent. Il y avait juste de quoi faire des 10, sans prendre le risque de se relâcher complètement pour autant. Le stress du début laisse sortir deux neufs et nous sommes à 58 partout. La troisième volée est chaude à négocier de mon côté au décocheur back tension, une rafale se lève et je lâche mal sur un 9, puis 10 et une embardée droite qui me coûte un 8. Sergio prend l'avantage avec 28 sur sa volée, 86-85. La rafale s'estompe sur la fin du match, le vent est toujours présent mais régulier. Je décide de poser le viseur gauche afin d'anticiper ce vent qui pousse droite. Je tire 10 en regardant un joli vol de flèche qui m'assure une bonne décision. Sergio tire alors 27 droite et je reprends l'avantage de deux points avec 30. À cet instant, il n'a plus rien à perdre et je n'ai qu'à faire mon job... Mais je veux bien finir, je veux que ce soit beau et je veux garder ces sensations en mémoire pour les futurs échéances. 10, 10, 10 de chaque côté, ça y est, je gagne le match 145/143 et la quatrième manche de la coupe du monde, mon premier Or mondial individuel ! Cerise sur le gâteau, je devais être en finale pour me qualifier pour la finale de la coupe du Monde à Paris... C’est fait. Petite anecdote supplémentaire sur cette finale : les deux points d'écart que nous avions Sergio et moi en finale nous mettent ex-aequo sur l'ensemble de a semaine !!! En d'autres terme, sur 1470 points, nous marquons 1453, soit dix-sept 9 en une semaine, pfiou ! Après les Europe en salle, je goûte à nouveau au bonheur de gagner, en savourant cette dernière flèche qui rapporte la victoire, ce moment juste après l'impact où la pensée est envoyée directement à la maison en France, chez soi, où je les imagine en train de crier devant leur ordi. Ce moment n'a pas de prix...

Thumbnail imageLes médailles individuelles s'enchaînent depuis la saison 2012, et mon expérience commence à parler la même langue que mon niveau de performance pour figurer dans le haut du tableau des qualifications, et remporter des matchs. Tant mieux, ces sacrifices n'auront pas été fait en vain, car il y en a eu énormément, beaucoup plus qu'une simple centaine de flèches au quotidien... Et je vais continuer encore, rien n'est jamais gagné ou perdu... avant d'avoir essayé ! Il reste tant de choses à aller découvrir, une finale de coupe du Monde à domicile, le championnat du Monde FITA, puis en salle à Nîmes pour ne parler que des six prochains mois. Certains archers arrivent à décrocher une montagne de médailles prestigieuses, pourquoi pas moi ?

Mon énergie ? Un entourage en or qui ne compte pas le temps que je passe avec lui, mais qui comprend pourquoi je suis absent, inquiet, en colère, dans la lune ou silencieux. Son bonheur sera le mien à chaque victoire. Vos messages, vos commentaires, sont d'un soutien immense, et nourrissent ma volonté de ne pas vous décevoir ! Continuez ! Sur le site dans les commentaires, sur Facebook @PJ Deloche ou @Pierre-Julien DELOCHE (page officielle où j'essaie d'être le plus actif possible !). Je lis tout avec la plus grande attention, soyez-en certains ! Merci ! Le programme est chargé pour cette fin de saison puisque je repars jeudi pour la sélection aux championnats du Monde à l'INSEP à Paris pour trois jours intensifs. Ensuite, retour au boulot à Toulon où je vais enchaîner les quarts de jour et de nuit jusqu'au lundi avant la finale parisienne les 21 et 22 septembre. Le week-end suivant, si tout se passe bien en sélection, ce sera le départ pour Antalya et les championnats du Monde !

Je vous prépare un topo sur la finale de la coupe du Monde, à très vite !!!

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